Au Chili, l’eau ne coule pas de source. Elle s’achète, se vend et se loue. Ainsi, Ojos de Agua, libérer les eaux du Chili, diffusé samedi 14 février à 20h50 sur Ushuaïa TV, s’empare d’un sujet brûlant. Depuis quinze ans, le pays subit une sécheresse sévère. De plus, la pénurie s’aggrave sous l’effet du dérèglement climatique.
Cependant, le film pointe surtout la privatisation de l’eau inscrite dans la Constitution de 1980. Cette réalité structurelle nourrit la colère exprimée lors de la révolte sociale de 2019. Dès lors, une question s’impose : que devient un pays lorsque l’eau, ressource vitale, est traitée comme un bien marchand ?
Une Constitution au cœur de la crise hydrique
Le documentaire rappelle que la gestion de l’eau découle de la Constitution instaurée sous Augusto Pinochet en 1980. En effet, ce texte consacre un modèle néolibéral. Celui-ci accorde l’essentiel des droits de propriété aux agro-exportateurs et aux grandes sociétés minières.
Par conséquent, les inégalités se creusent. Dans les régions excentrées, l’accès à l’eau devient un combat quotidien. Le dérèglement climatique accentue la pression. Néanmoins, le film montre que la question juridique reste centrale. Lorsque l’eau appartient à quelques acteurs économiques, l’équilibre social vacille.
Toutefois, la révolte sociale de 2019 ouvre une perspective inédite. 155 citoyens sont élus pour rédiger une nouvelle Constitution. Ainsi, l’espoir d’un changement structurel prend forme, même si l’issue demeure incertaine.
Quatre années aux côtés de deux défenseurs de l’eau
Pendant quatre ans, la caméra suit deux figures engagées. D’abord Ivanna, constituante indépendante issue de la communauté Diaguita. Elle défend une répartition plus équitable de l’eau dans le cadre du processus constituant. Son engagement relie identité, territoire et réforme institutionnelle.
Ensuite, le film accompagne Alejo, paysan d’une vallée andine. Lui lutte contre la sécheresse et contre les abus des grands exploitants agricoles. Son quotidien illustre une réalité concrète. Ici, l’eau conditionne la survie.
En choisissant de filmer loin des centres de pouvoir, le documentaire adopte un angle précis. Il montre un Chili rarement exposé à l’écran. Là-bas, la demande n’est pas théorique. Elle est vitale. Dès lors, Ojos de Agua souligne combien il est difficile de placer tous les citoyens sur un pied d’égalité. Même dans un pays structuré comme le Chili, l’accès à l’eau révèle des fractures profondes.
Ainsi, le film impose un ton lucide et engagé. Il observe sans détour une bataille essentielle. Et il rappelle que, derrière les débats constitutionnels, c’est bien la vie quotidienne qui se joue.
Documentaire de Marion Esnault et Marcelo Lara (2025)

Ojos de Agua, libérer les eaux du Chili
le samedi 14 à 20h50 sur Ushuaïa TV
