Le marché du streaming vidéo en France fait face à une crise de rétention sans précédent. Selon une récente étude publiée par Spliiit, la plateforme française de partage d’abonnements, le comportement des consommateurs a radicalement changé. Menée entre octobre 2025 et mars 2026 , cette analyse dévoile des taux de résiliation record pour les géants du secteur.
Le « Binge-and-Churn » : la nouvelle norme des spectateurs
Le constat de l’étude est clair : le streaming français ne souffre pas d’un problème d’acquisition, mais bien d’un problème de rétention. Les utilisateurs ne subissent plus leurs abonnements, ils les arbitrent.
Face à l’inflation et à la multiplication des offres, les spectateurs ont adopté la pratique du « binge-and-churn ». Concrètement :
- Les utilisateurs s’abonnent pour accéder à des contenus très précis.
- Ils consomment ce contenu ciblé (une série ou un film) en rafale.
- Ils n’hésitent plus à résilier immédiatement une fois leur objectif atteint.
Cette infidélité n’est plus conjoncturelle, mais structurelle. Sur le Top 5 des plateformes vidéo en France, on observe un taux de résiliation (churn) volontaire moyen de 8,87 % par mois. Théoriquement, cela signifie qu’une plateforme perd près d’un abonné sur neuf chaque mois, par choix. Au total, ce sont 3,28 millions de départs volontaires cumulés chaque mois sur les cinq plateformes majeures, ce qui représente une projection vertigineuse de 39,4 millions de résiliations sur un an.
Le palmarès des résiliations : Prime Video dans le rouge, Netflix résiste
Aucune plateforme, quelle que soit la puissance de son catalogue, n’échappe totalement à cette logique de renouvellement permanent. Voici le classement des taux de churn volontaire mensuel en France :
- Prime Video (12,64 %) : La plateforme d’Amazon inquiète en occupant le sommet du classement, avec plus d’un abonné sur huit quittant le service chaque mois. Sur une base estimée à 9,5 millions d’utilisateurs en France, cela représente 1,2 million de résiliations mensuelles. À noter que ce chiffre reflète uniquement l’intérêt pour le contenu vidéo, sans prendre en compte la rétention liée aux autres services de l’abonnement Prime global (livraison, musique).
- Apple TV+ (9,44 %) : Avec 311 500 résiliations par mois pour environ 3,3 millions d’abonnés, la plateforme souffre, tout comme HBO Max, d’un déficit de catalogue perçu par les abonnés français.
- HBO Max (9,42 %) : La plateforme enregistre 235 500 départs mensuels sur une base d’environ 2,5 millions d’abonnés.
- Disney+ (7,25 %) : Disney s’en sort mieux avec 689 000 résiliations mensuelles sur 9,5 millions d’abonnés. La plateforme parvient à limiter la fuite grâce à la popularité de ses franchises Marvel et Star Wars en France, ainsi que ses offres groupées.
- Netflix (5,62 %) : Le géant du streaming confirme sa position de champion de la rétention
. Avec « seulement » 843 000 résiliations sur une base massive de 15 millions d’abonnés estimés, les Français qui choisissent Netflix ont tendance à le garder.
Le partage d’abonnements : l’ultime rempart ?
Ces chiffres vertigineux mettent en lumière un déficit de valeur perçue par les utilisateurs. Comme l’explique Jonathan Lalinex, cofondateur de Spliiit : « Le streaming est entré dans l’ère du zapping d’abonnements. Les plateformes doivent réinventer leur modèle de fidélisation ou accepter de tourner en rond ».
Pour contrer cette pression sur le pouvoir d’achat, le partage légal et sécurisé d’abonnements entre particuliers (comme le propose Spliiit depuis 2019) se présente comme une alternative. Ce système permet de réduire la facture mensuelle tout en conservant un accès stable à plusieurs catalogues. Un levier qui pourrait s’avérer précieux pour les éditeurs cherchant à endiguer cette fuite massive.
A lire aussi, notre rencontre avec Jonathan Lalinex.
L'étude est basée sur l'analyse des taux de résiliation (churn) agrégés et anonymisés observés sur la plateforme Spliiit entre octobre 2025 et mars 2026, croisés avec les données d'abonnés déclarées ou estimées par les analystes pour chacune des plateformes concernées (Q4 2025 – Q1 2026). Les projections annuelles sont calculées sur la base d'un taux mensuel constant, hors réabonnements.
