La Maman du bourreau sur France 2 (critique) : un drame frontal qui ose regarder l’impensable

La maman du bourreau

© Cloé Harent - France Télévisions

Diffusé mercredi à 21h10 sur France 2, La Maman du bourreau (Mon Voisin Productions, du groupe Mediawan) s’inscrit dans la tradition des grandes fictions sociétales du service public. Adapté du livre Je suis la maman du bourreau de David Lelait-Helo (éditions Héloïse d’Ormesson, 2022), le téléfilm choisit un angle rare et dérangeant : celui d’une mère confrontée aux accusations de pédophilie visant son fils prêtre. Une fiction qui ne cherche pas le confort du spectateur, mais sa lucidité.

Gabrielle de Miremont, grande bourgeoise de 80 ans, figure respectée de sa ville et engagée dans sa paroisse, semble solidement installée dans ses certitudes. La chute n’en est que plus brutale. Un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Pourtant, le véritable séisme débute un mois plus tôt, lorsqu’un article de presse révèle une affaire de pédophilie dans la région et cite son nom.

Le téléfilm adopte un point de vue resserré. Il ne s’attarde pas sur l’enquête, ni sur les faits en eux-mêmes. Il observe le basculement d’une femme dont la foi, la réputation et l’amour maternel se heurtent à l’horreur des accusations. Mais Gabrielle ne se contente pas de subir. Elle cherche à comprendre. Elle veut savoir ce qu’il s’est réellement passé, pourquoi son fils est accusé, et ce qui, dans son éducation ou dans son aveuglement, aurait pu conduire à un tel drame. Cette quête intime donne au récit une tension supplémentaire.

Ce choix narratif confère au téléfilm une densité particulière. Il interroge la loyauté familiale, le déni et l’aveuglement social face aux dérives de certains hommes d’Église. La force du téléfilm réside précisément dans cette approche : refuser l’esquive. La question posée n’est jamais théorique. Elle est intime, presque insoutenable : comment continuer à aimer lorsque l’inacceptable surgit ?

Marie-Christine Barrault porte le téléfilm avec une intensité remarquable. Récompensée par le Grand Prix d’interprétation féminine au Festival Polar de Cognac 2025, elle incarne Gabrielle avec une retenue bouleversante. Son jeu, tout en nuances, traduit la fierté sociale, la foi profonde, puis la lente désagrégation intérieure. Elle donne au récit sa gravité et sa crédibilité.

Face à elle, Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française, compose un Pierre-Marie de Miremont troublant. Le personnage ne cherche ni à se justifier ni à se défendre frontalement à l’écran, ce qui accentue le malaise.

Xavier Robic, déjà vu dans la série Meurtres à…, apporte une présence solide à l’ensemble du casting, complété par Laetitia Vercken, Sabine Haudepin et Nicky Marbot (mais aussi des apparitions de Jean-Claude Bolle-Reddat ou encore Eric Naggar). L’interprétation collective contribue à installer une atmosphère pesante, presque claustrophobique.

En choisissant la sobriété plutôt que le pathos, La Maman du bourreau assume un ton grave et exigeant. Le téléfilm ne cherche pas à trancher, ni à moraliser. Il met le spectateur face à ses propres limites.

Téléfilm drame de Gabriel Aghion (2026)
Avec : Marie Christine Barrault (Gabrielle de Miremont), Laurent Stocker de la Comédie-Française (Pierre-Marie de Miremont), Xavier Robic (Hadrien Dumas), Laetitia Vercken (Caroline Le Fur), Sabine Haudepin (Sandrine Dumas), Nicky Marbot (Jacques Dumas)

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