Diffusé jeudi à 22h50 sur France 3 Bourgogne Franche-Comté, Jusqu’à s’oublier propose une plongée rare et profondément humaine au cœur des fratries de personnes polyhandicapées. Sans filmer directement le handicap, ce documentaire signé Stéphane Kazadi choisit de libérer une parole souvent enfouie, parfois tue, toujours chargée d’émotions fortes. Un film qui s’appuie autant sur les témoignages recueillis que sur le vécu personnel de son auteur-réalisateur.
Briser le silence des fratries
Jusqu’à s’oublier propose une approche rare : parler du handicap sans le montrer, pour mieux entendre celles et ceux qui vivent « à côté » et qui, trop souvent, s’effacent. À travers les témoignages de frères et sœurs, le film s’attache à libérer une parole étouffée par le déni, la culpabilité ou encore le sentiment d’illégitimité. Cette démarche puise sa force dans l’expérience personnelle du réalisateur, Stéphane Kazadi, dont la relation avec son frère constitue le fil narratif du documentaire. Mise en scène à partir d’une galerie de photos, cette approche à la première personne donne au film une tonalité sensible et incarnée.
Les récits se répondent, se croisent, parfois se bousculent, sans jamais se répéter. Ils permettent de regarder en face les émotions complexes qui jalonnent ces parcours : l’injustice, la honte, la colère, mais aussi l’amour profond et le désir de s’autoriser une vie qui ne soit pas uniquement définie par le handicap d’un proche. L’intervention de Clara Dupont-Monod, auteure de S’adapter, apporte un éclairage littéraire puissant sur cette existence vécue « à l’ombre de ».
Une parole enfin audible
Dans ce documentaire, Mila, Gabin, Léa, Laëtitia, Franck et Stéphane choisissent de parler. Le film accueille tout : les sacrifices, la fuite, la fusion, le dégoût, les contradictions. Rien n’est jugé, rien n’est lissé. Il s’agit d’expliquer pour comprendre, et de comprendre pour apaiser. En choisissant une double narration – la sienne et celle des autres – Stéphane Kazadi ne cherche ni à s’effacer ni à s’exposer, mais à faire entendre une parole vivante, concrète, et surtout nécessaire.
Jusqu’à s’oublier se présente ainsi comme un espace où tout peut être dit. Un film qui redonne de la place à ceux qui la prennent rarement, et qui rappelle combien leurs voix sont essentielles.
Documentaire de Stéphane Kazadi (2025)

Jusqu’à s’oublier
le jeudi 20 novembre à 22h55 sur ici Bourgogne Franche-Comté

